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Enjoy poverty à Wasteland

16 février 2011

Cliquer sur l'image pour voir la bande-annonce

Je voulais depuis longtemps faire le lien entre ses deux films, que j’ai vu aux RIDM 2009 et 2010 respectivement. Ils forment pour moi une dynamique de miroitement mutuel dans la question inépuisable de l’éthique documentaire, déjà présente depuis  Agarrando Pueblo (1978, Mayolo; Ospina) mais que nous ne parvenons pas à dépasser.

On aimerait vraiment éviter de penser à Enjoy poverty (2009), un film qui dépasse une logique d’éthique cinématographique, dans un essai aussi méprisable que fascinant. Un film qui frôle la performance et l’installation, condamnant les documentologues à se sentir comme des minables documentaristes.

Le réflexion concerne en effet les documentaristes, les photographes, les organismes de coopération internationale exposant leur brand lors de leurs interventions sur «le terrain», bref, les méprisables exploiteurs des images de la misère du tiers monde.

Pour mettre en évidence la déshumanisation de cette approche, Renzo Martens nous montre son parcours dans l’Afrique congolaise. Sur un ton provocateur, spécialement pour les filmmakers qui pourraient voir leur art comme un moyen de dénonciation ou de transformation, il se met en scène, il joue le rôle du réalisateur européen comme dans un faux documentaire. Ce «personnage» fait manger des africains affamés, et ce faisant, il se prend en photo. Il mène plus loin son idée et  montre à un groupe de photographes locaux comment s’exploiter eux mêmes; comment identifier leur propre misère comme source de richesse. Dans une espèce de «formation en frivolité» ils les pousse à axer la bussiness de photos qu’ils roulent, sur leur propre pauvreté,  dont on dirait qu’il connait sadiquement l’échec à l’avance, ne s’empêchant pas, par exemple, de montrer la manipulation d’un enfant sous-alimenté, comme s’il s’agissait d’une étude étymologique.

En alternance avec des séquences pendant lesquelles il est complètement conscient (et déprimé) de la logique qu’il caricature, notamment dans la séquence pendant laquelle on entend Quand on n’a que l’amour, un paradoxe qu’il ne semble pas réussir à échapper se dessine: En s’approchant aux démunis, il met en évidence que «traiter» ou s’«approcher de» la misère comme un sujet, c’est au même temps se moquer d’elle.

Le summum de sa performance (ou de sa confrontation) a lieu lorsqu’il traverse la jungle avec des boîtes et un générateur pour aller installer au milieu de la nuit, dans un village sans électricité, un panneau lumineux qui, créant le chaos euphorique, prône: «Enjoy poverty».

Si on hésite à embarquer dans la démarche de Renzo, ce n’est pas parce qu’elle puisse sembler contredictoire, mais parce qu’elle atteint le but dérangeant de nous confronter brutalement à la manie egocentrique de notre charmant et charmeur point de vue occidentale, sans vraiment nous montrer une sortie de secours.

 

Cliquer sur l'image pour aller sur le site du film

Wasteland de son bord ne se pose même pas la question. Il s’agit sans doute de l’archétype de film atteint par la maladie montrée par Renzo, réunissant les éléments d’un récit bien équilibré: un héros du premier monde, l’ange qui sauve les martyres, victimes d’un un méchant à craindre, l’enfer d’un dépotoir où on craint de retourner.

La réalisatrice Lucy Walker accompagne Vik Muniz pendant trois ans, dans la réalisation d’un ambitieux projet artistique, qui vise créer des portraits des catadores du dépotoir Jardim Gramacho avec eux mêmes, utilisant du matériel tiré des déchets qu’ils traitent quotidiennement.

L’œuvre de Vik est reconnue mondialement dans sa réflexion sur l’éphémère et sur la forme, et ce projet acquiert une dimension profonde, puisqu’il s’agit de son pays d’origine. Dans sa démarche participative, le projet finit par dépasser l’envergure initiale visée par l’artiste, entrainant ses collaborateurs intégralement dans la démarche, la dynamique de vente et l’exhibition de l’œuvre: C’est l’art qui transforme des vies.

Cependant le film lui même passe à côté de ce niveau de création transformatrice. Il reste dans l’accompagnement adulateur de la démarche de l’artiste. À la recherche du drame formel, il renforce les clichés que celui-ci fuit, nous offrant le chemin facile de l’empathie avec la transformation des personnages. Il mise sur l’exploration en profondeur de leurs vies, mais finit par en faire une histoire d’accomplissement fragile, soulignée par la présence du dépotoir, qui ne peut que prendre la place de la menace, toujours sombre et musicalement éloignée, faisant en sorte que ces catadores qui n’ont pas été «sauvés» restent dans le spectre de la pitié ou de la peur mutuelle, celle des étrangers.

Le film se construit toujours sur une courbe ascendante et ne prend jamais de recul. Même quand l’artiste le fait, et aussi quand il montre sa vie passée au Brésil, le point de vue reste dans l’hyperbolisation de l’altruisme et néglige des opportunités de rendre le parcours plus humain, moins héroïque.

Si nous avons besoin de moins de «guillemets» pour parler de Wasteland, c’est parce que le film se passe beaucoup plus à un premier degré. Plusieurs prix du public, l’unanimité de la critique, sa candidature aux Oscars et mes frissons au dos de spectateur complètement envouté par l’idée de l’«art transformateur», sont la preuve du succès indéniable de cette formule. Cependant il s’agit d’une recette si bien équilibrée que le goût finit par devenir uniforme et suspect.

Gracias à  deux bons amis qui m’ont pas permis de rester au premier degré. Maintenant j’aimerais aller voir Journal d’un coopéerant de Robert Morin aux Rendez-vous du cinéma québecois, qui semble élaborer une nouvelle réflexion à ce sujet.

Nota: Wasteland est à l’affiche aujourd’hui et demain à Montréal au Cinéma Parallèle y será presentado en el Festival de Cine de Cartagena, que prefirió programar este multipremiado documental y decidió dejar a un lado el también premiado Los abrazos del rio, que pues, trata un tema colombiano, es realizada por un colombiano y esperaría tener visibilidad en un festival colombiano que se presenta este año con la promesa de renovarse.  Sobre esta película espero escribir mi próxima entrada.

 

One Comment leave one →
  1. Joffrey Monnier permalink
    12 juillet 2011 2 h 51 min

    Intéressant… Je tombe sur ce post avec quelques mois de retard mais ça me rappelle de voir ce film dont j’ai beaucoup entendu parler…`

    Abrazzo de Brusselas…

    J.

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